Histoires de trottoirs

TERRORISTE

Je me promenais pénard
Dans les bois du pays de St Mars
Quand je suis tombé nez à nez
Avec un nuage de fumée

C'était une armée de terroriste
Eux les tours ils ne les détruisent pas
Ils les construisent, c' qu'est bien plus grave

On fera comment, bande de connards, pour nos balades
Quand l'air de nos campagnes ne sera plus respirable
Ce n’est pas l'économie qui refera pousser les arbres
C'est plutôt elle mon gars, qui vous rendra malade

Rien n’a branlé de vos emplois
Moi j'suis mieux quand je ne travaille pas
J'ai des carottes dans mon jardin
Et dans mes clapiers des lapins

Traites moi d'anar ou d'utopiste
D'idéaliste ou de fainéant
Mais je n’aime pas qu'on touche à mes champs


CHIEN ERRANT

Je passe mon temps à compter les instants
Pas de travaille, pas de tunes, plus de meuf
Ma vie s'enlise, mon métier c'est paumé
Je n'suis qu'un chien errant

De rue en rue, je parcours les fourrières
Pour tuer l'ennuie, je n'ai plus que la bière
Tout me tombe sur la tronche, j'collectionne les emmerdes
Je n'suis qu'un chien errant

On n'peut pas dire que j'n'ai pas essayé
Il fut un temps où tout me souriait
Puis la poisse m'a collé, et ne m'a plus lâché
Je n'suis qu'un chien errant

Quand est-ce vraiment que tout a commencé
Peut-être le jour où ma gonzesse c'est tirée
Quand mes parents sont morts, Quand Sarko est passé
Je n'suis qu'un chien errant

J'ai maté l'troupeau pour voir où vont ces vaux
Tous ensemble et dans la même direction
Rien de passionnant, finalement ça m'plais bien
De n'être qu'un chien errant


PAPI

Pépé rêvait de ça lui
Une bonne p'tite guerre
Pour relancer l'pays
L'avais les idées fixes
Tordu aussi
Faut dire qu'il mettait d'dans
Des fois entre deux cuites
Ca l'reprenait
Son putain d'mal de dents
Vous connaissez la suite
Les jeunes ça s'bourrent de médicaments
Pépé rêvait de ça lui
Un bon d'retour
Pour les années passées

Quand il faut prendre le train
C'est l'papi qui déraille
J'montrais jamais la d'dans
Dans votre sacré tas d'ferraille
On se rejoint là-bas
J'irai plutôt à cheval
C'est vrai qu' dans la campagne
De papi y'a pas d'gare

Papi tu rêve
La boucle tourne
Tu ne revois pas l'début
La même que pour ton iench
Personne n'ira
Déterrer ses os
Avant que tu calenches
L'envie, la vie
T'ont déjà lâché
Tout s'arrête à l'hospice
Là où on t'bourre de médicaments
Papi tu rêves
Y'a pas d'retour
Pour les années passées

Vous n'aurez qu’à m'piquer
Avant qu'j'me laisse aller
Je n’attends plus rien d'la vie
Prenez juste soin de mon cheval
J' me vois mal chez les vieux
A me faire torcher l'cul
T'façon je n’aime pas les cartes
En tout cas pas plus que la soupe


AU CAFE DU PORT

Assis dehors à la terrasse
La gueule de bois devant sa tasse
Il donne des sucres à son chien
Et r' garde passer les parisiens
Venus pour oublier l' travail
Les soucis de la capitale
Il attend qu' les touristes s'assoient
Pour leur raconter ses exploits

De sa jeune vie imaginaire
Où il avait tout pour plaire
Sa gueule, le talent et l'argent
Les jolies filles au premier rang
Son nom tout en haut de l'affiche
Tout c' qu’il a perdu dans la liche
Sa femme mannequin et ses enfants
Et puis tout son talent

Puis les années ont défilé
Il a pas mal bourlingué
Traversé bon nombre de village
Pour ne jamais se croire en cage
Alors après tant de vécu
Il a voulu se poser l' cul
Dans un village des Côtes d' Armor
Au café du port


MEME EN ETE

Bientôt la fin de l'année
Et l'on va parler de moi
A la télé dans les journaux,
Z’allez voir la tête à Nono
Le scoop de l'année,
Ils ont faim quand il fait froid
Ca inspire Walt Disney
De voir tous ces crève-la-faim

Mais entre deux pointages au chômage,
j' fais les poubelles
J'ai l'impression d'être dans une cage,
Faut qu' j' me fasse la belle
Tirer l' chapeau à cette vie de merde,
R' met' le couvert
Ca fait bientôt trois ans qu' j’essaye,
Y’a rien à faire

Certains vont s'étonner,
Mais il fait faim même en été
On nous remarque moins en juillet,
On est déjà tous embarqués
Eloignés des centres villes,
Des beaux quartiers, des gens de bonne famille
On rassure l'opinion publique
En débarrassant les jardins publics

Mais entre deux interpellations
j' continue mes poubelles
La gueule fourrée dans les cartons
D’Edouard Leclerc
Pour récupérer trois sauciflards
Périmés d'hier soir


L'EMPLOI DU TEMPS

Une tranche de vie classique
C'est celle que l'on passe au boulot
A s'emmerder huit heures par jour
Pour remplir le frigo
Et comme tous les matins
Pointer et saluer ton patron
C' t'enfoiré d'tête de con
Qui t'impose ses conditions
Il utilise la misère
Pour cautionner le précaire
Il utilise la galère
Pour te laisser dans la merde

A quand l'échafaud
Pour tous les capitalaux
A quand la pendaison
Pour les patrons
Une vie entière
A nous trainer dans la merde
Ça n'leur procure même pas
D'trouble du sommeil

J'ai beau m'creuser la tête
J'ai beau chercher l'explication
J'vois pas pourquoi pour s'en sortir
Il faut baisser son pantalon
Peut-être y'a une raison
Et p't-être aussi que j'suis trop con
En tout cas ce n’est pas demain la veille
Qu'on m'enverra dans le troupeau
A bouffer du gazon
Moi je préfère la mauvaise herbe
Au parfum de l'usine
Je préfère celui de mon herbe

T'y passe quarante-deux ans
Voir plus si t'as trainé en chemin
Parait qu'on profite mieux d'la vie
L'déambulateur dans les mains
T'y laisse ta santé
Ton temps et ton intelligence
Y'a ceux qui font carrière
Ceux qui n'en n’avaient pas d'avance
Mais non je déconne
Bien sûre il n'y a pas que des golios
Et puis après tout
Il faut bien remplir son frigo


A LA NUIT TOMBEE

Sur mon trottoir
Au milieu des badauds
J’attends le soir
Et la nuit qu'il nous impose
Sur mon trottoir
Le froid m'ankylose
Le jour s'en va
Et la solitude s'impose

Et puis comme par hasard
Tout a l'air silencieux
A la nuit tombée
Tout me parait si vieux
Les lumières et les âmes
On désertées les lieux
A la nuit tombée

Tout est si gris
Je n'arrive pas à m'endormir
Foutu décor
Pour une vie de pire en pire
Tout est si gris
Dans cette ville endormit
Pour fermer l'œil
Et bien je rêve de partir

Seul sur les routes
De France et d'outre-mer
Traverser Beyrouth
Et parcourir la terre
Me promener dans les souks
D'Alger ou d'Agadir
Seul sur les routes

Mais au réveille
Je suis toujours sur mon trottoir
J'manque de sommeille
Et je retrouve mes idées noires
Que se passera-t-il aujourd'hui
Dans ma vie sens vie
Pas grand-chose
Je retournerais dans ma névrose

Je regarderais le ciel
Et j'attendrais qu'il s'assombrisse
Seule la nuit m'égaye
Seule la nuit m'épanouit
Même si ce n'est quand rêve
Que je quitte mon trottoir
A la nuit tombée


RUE ST MARTIN

Elle gagnait sa vie
En faisant le tapin
Tous les jours à la même place
Et du soir au matin
Elle se coltinait les vieux
Les dépressifs et les pas beau
Elle qui toute petite
Rêvait d'un château
Elle était devenu presque
Assistante social
A tous les ratés
Fallait remonter le moral
Le jour fallait faire face
A la police municipale
Aux épouses mécontentes
Et au curé d'en face

Mais elle, elle savait très bien
Bouger comme il faut le bassin
Du haut de son mètre quatre-vingt
Elle faisait fantasmer les paroissiens
Dix ans, qu'elle faisait le tapin
Sur le trottoir d'la rue St Martin
Rêvant à des lendemains
Où elle travaillerait sens ses seins

Comment se recycler
Elle n'arrêtait pas d'y pensé
Le commerce s'atténuait
Elle devenait toute ridée
Elle se voyait bien
Propriétaire d'un magasin
Où elle pourrait vendre
De jolis maillots de bain
Mais le court de la vie
En décida autrement
Elle finit la sienne
En devenant
Femme de ménage
Pour les putains
Du bordel
En haut de la rue St Martin

Pourtant, elle savait très bien
Bouger comme il faut le bassin
Du haut de son mètre quatre-vingt
Elle faisait bander les paroissiens
Dix ans, elle fit le tapin
Sur le trottoir d'la rue St Martin
Rêvant à des lendemains
Où elle travaillerait sens ses seins


O' RADE

Le coude collé sur le bar
La gueule dans le brouillard
J' vois défilé les tournées
Celles que j'peux pas payer

Mon pote s'en fout, il est saoul
V' là qu'y demande à son genou
S’il n’a pas vu passer son verre
Et repense à sa gentille grand-mère

L'patron lui, tire la chetron
L'a flairé les deux cons
J' le vois recompter discrètement
Maintenant faut prendre les devants

Aller patron, aller remets nous ça
Une p'tite dernière et on s'en va
Promis j'passe payer demain
En gage on t' laisse le chien

Lolo sort des chiottes tout blanc
On ne choisit pas son moment
Mais quand même il fait un peu chier
On perd toute crédibilité

Là, j'ai bien vu l'tavernier
Devenir rouge à peter
J'aggrave le coup en m'vautrant
Et j'nique la chaise de bar en même temps